Standards privés en détails
Les exigences accrues des consommateurs et de la société civile poussent les enseignes de la grande distribution à tenir compte non seulement de la sécurité sanitaire et de la qualité des denrées alimentaires, mais aussi de leur provenance. Il leur faut, de plus en plus, se préoccuper des questions de main d’œuvre, d’environnement, de sécurité et de responsabilité sociétale. Ces domaines relevaient jusqu’à présent davantage de la responsabilité des agences publiques et internationales ou des ONG. Néanmoins, sous la pression des consommateurs, il semble que le secteur privé ait, là aussi, pris le relais.
La clause de diligence raisonnable (« Due Diligence ») associée à la législation européenne en matière de qualité sanitaire des aliments ainsi que les préoccupations croissantes des consommateurs face au contenu de leur assiette ont eu des répercussions importantes dans le secteur agro-alimentaire. Afin de se prémunir de tous risques, le secteur privé a développé des systèmes d’auto règlementation ou «Standards privés», fondés sur les Codes de Bonnes Pratiques du secteur alimentaire. Ce processus a débuté au Royaume-Uni avec les codes de bonnes pratiques agricoles (BPA) et un protocole de bonnes pratiques d’hygiène, devenu par la suite la norme alimentaire du British Retail Consortium (BRC). Ces normes ont, à leur tour, inspiré diverses initiatives similaires du secteur privé dans les autres pays européens, comme GLOBALG.A.P.
Standards privés sur la qualité sanitaire des aliments
EUREPG.A.P, renommé aujourd’hui GLOBALG.A.P, a été créé en 1997 à l’initiative de la grande distribution impliquée dans le groupe de travail Euro-RetailerProduce (EUREP). Les détaillants britanniques, conjointement avec des supermarchés d’Europe continentale, étaient les forces motrices de cette initiative. L’objectif était d'établir un référentiel pour la « Bonne Pratique Agricole » avec des applications différentes par produit, le tout adaptable à l’ensemble de l'agriculture mondiale. GLOBALG.A.P est un référentiel dit « pre-farmgate » ce qui signifie que le certificat couvre le processus du produit certifié depuis sa mise en culture (jeunes plants) en passant par la totalité des activités agricoles, jusqu'au moment où le produit quitte l’exploitation. Ce standard est aujourd’hui considéré comme la référence mondiale pour les aspects qualité sanitaire liés à la phase de production agricole.
A côté des standards du BRC et de GLOBALG.A.P, il existe actuellement d’autres standards privés en matière de qualité sanitaire des aliments, issus de démarches collectives et applicables aux processus de production et de transformation de produits alimentaires, parmi lesquels : International Featured Standard Food, l’HACCP néerlandais, Food Safety Certification System 22000 (basée sur l’ISO 22000), Synergy 22000 (basée sur l’ISO 22000), Safe Quality Food 2000 (qui s’appuient tous sur les principes HACCP définis par le Codex) et le Safe Quality Food 1000 (pour la phase de production agricole). Ces standards impliquent tous la mise en place d’un système de gestion interne à l’entreprise spécifiant une série de procédures à respecter. Finalement, des initiatives individuelles en matière de qualité sanitaire venant des entreprises de la grande distribution (Field-to-fork de M&S, Filière qualité Carrefour,Tesco’s Nurture,…) ont également vu le jour au cours des dernières années. Contrairement aux standards collectifs, ces standards s’accompagnent généralement d’une étiquette ou d’un « label » sur le produit final à destination du consommateur.
L’émergence et l’adoption de différents standards privés par plusieurs acteurs le long des chaînes d’approvisionnement agro-alimentaires ont eu certaines conséquences pour la filière fruits et légumes des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, notamment en termes d’accès au marché, et surtout pour les petites et moyennes entreprises du secteur. Toutefois, certaines tendances de fond, décrites ci-dessous, sont encourageantes pour le secteur horticole ACP afin de répondre aux défis créés par ces standards.
La Global Food Safety Initiative
La « Global Food Safety Initiative » (GFSI) est une fondation sans but lucratif créée en 2000 et gérée par le « Consumers Goods Forum ». L’objectif principal de la fondation est de comparer et d’approuver (processus dit de benchmarking) une série de standards en matière de qualité sanitaire des aliments par rapport à son document de référence (GFSI Guidance Document), établi en 2007 par 8 marques de la grande distribution . Les standards suivants ont tous été benchmarkés par rapport à ce document de référence : British Retail Consortium Global Standard for Food Safety, International Featured Standard Food, l’HACCP néerlandais, Food Safety Certification System 22000 (basée sur l’ISO 22000), Synergy 22000 (basée sur l’ISO 22000), Safe Quality Food 2000 (qui s’appuient tous sur les principes HACCP définis par le Codex) et GLOBALG.A.P le Safe Quality Food 1000 (pour la phase de production agricole)
L’objectif ultime de la démarche est de diminuer le nombre d’audits croissant auxquels les fournisseurs doivent faire face en adoptant la philosophie « d’une fois certifié, accepté par tous ». En théorie, un exportateur africain déjà certifié BRC et désireux de vendre des produits à un client travaillant avec des fournisseurs certifiés au SQF 2000 ou à l’IFS, devrait pouvoir le faire sans se re-certifier à l’un de ces référentiels. Cependant, ce n’est pas encore ce qui est observé en pratique pour un exportateur de fruits et légumes ACP.
La GFSI ne se limite pas à offrir un cadre harmonisé en matière de qualité sanitaire des aliments pour les entreprises mais est également en train d’initier une approche de certification phasée en trois niveaux pour les opérateurs. L’objectif de la démarche est de permettre à une entreprise de progressivement se conformer aux exigences complètes du document de référence de la GFSI sur 3 ans.
Une des conséquences des standards privés en matière de qualité sanitaire des aliments pour des fournisseurs des pays du Sud de fruits et légumes résidait dans le fait de devoir implémenter une série de changements conséquents en termes organisationnels, d’infrastructures et de procédures dans un laps de temps très court. La généralisation et l’acceptation de cette démarche phasée par les acheteurs européens permettrait, entre autres, d’étalonner une série d’investissements dans le temps et donc de faciliter le processus de certification. Parallèlement à la GFSI, GLOBALG.A.P, suite à l’expansion de ses activités aux Etats-Unis, est également en train d’initier une approche phasée.
GLOBALG.A.P adapté au contexte local
GLOBALG.A.P a commencé à relier plus étroitement les activités de mise en œuvre mondiales aux besoins locaux des producteurs. Cet objectif est atteint, de plus en plus, par la mise en place de groupes de travail techniques nationaux (GTTN). Leur rôle est de développer une série de directives, d'interprétation nationales ainsi que de relever des défis spécifiques bien identifiés d'adaptation et de mise en œuvre locales du standard et ce, afin de faciliter la mise en conformité des opérateurs nationaux concernés. Les directives développées par ces groupes sont publiées sur le site Internet de GLOBALG.A.P et donnent droit, si respectées, à une certification GLOBALG.A.P conventionnelle. Une série de GTTN ont été établis en Afrique, notamment grâce à l’appui du PIP et du National Resources Institute (NRI), au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda.
Au-delà du standard GLOBALG.A.P, cette dynamique d’adaptation pourrait à terme s’étendre à d’autres standards privés couvrant des thématiques sociales et/ou environnementales. Les standards privés ont souvent été définis comme étant euro-centriques et pas assez adaptés aux réalités locales auxquelles sont confrontées les entreprises du secteur horticole dans les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Il semble désormais également possible de remédier à cette problématique via des travaux d’adaptation officiellement reconnus. Toutefois, il est encore trop tôt pour mesurer l’efficacité et le succès de cette initiative pour les pays du Sud.
GLOBALG.A.P : ouverture et transparence
GLOBALG.A.P a récemment lancé un module éthique complémentaire au référentiel sur la qualité sanitaire des aliments. Le GLOBALG.A.P RiskAssessment on Social Practice (GRASP), ou évaluation des risques sur les pratiques sociales, est un référentiel volontaire pour les entreprises déjà certifiées GLOBALG.A.P. Le module GRASP ne peut être appliqué que dans les pays qui ont développé des guides d’interprétation du référentiel adaptés aux conditions locales.
La récente révision du référentiel sur le système raisonné d’agriculture et d’élevage de GLOBALG.A.P s’est achevée au bout de 4 ans de travail pour donner naissance à la version 4.0, utilisable dès janvier 2011 et obligatoire à partir de janvier 2012. Plusieurs parties du référentiel ont subi des modifications substantielles avec comme objectif fondamental de simplifier son implémentation et de donner plus d’importance aux aspects environnementaux (notamment en matière de la gestion des ressources hydriques). Un point intéressant concerne également la réduction du nombre d’audits pour des entreprises qui, au fil des années, démontrent systématiquement une bonne conformité par rapport au référentiel.
GLOBALG.A.P est un standard privé en matière de qualité sanitaire des aliments mais couvre, aujourd’hui, les aspects sociaux et environnementaux liés à la production agricole. Les aspects « durables » de la production agricole sont désormais mis sur un pied d’égalité par rapport aux aspects « qualité sanitaire ».
Finalement, des signes encourageants d’ouverture et de transparence sont à noter au sein de GLOBALG.A.P. Leur structure en comités sectoriels relativement fermés au monde extérieur est en train d’être revue. L’objectif à terme est de créer une structure plus dynamique et plus ouverte sous forme de « comités de parties prenantes », créés volontairement par au moins 5 membres de GLOBALG.A.P autour de problématiques communes à résoudre.
Implications pour la filière horticole ACP
Malgré certaines tendances de fond encourageantes touchant les standards privés en matière de qualité sanitaire des aliments telles que des débuts d’harmonisation, de progressivité de la mise en conformité et d’adaptation des exigences pour certains d’entre eux, le dynamisme qui a affecté ce secteur au cours des dernières années peut toujours créer des effets adverses pour des entreprises souhaitant exporter sur le marché européen. En effet, le manque d’harmonisation entre les standards et la démultiplication des certifications sont deux facteurs parmi d’autres qui, jusqu’à présent, ont été relativement pénalisants pour les entreprises ACP exportatrices de fruits et légumes sur le marché européen.
Les producteurs d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique qui souhaitent exporter doivent maintenant non seulement respecter les nouvelles règlementations de l’UE, mais aussi satisfaire aux exigences des importateurs et des grandes enseignes. Ces exigences, traduites le plus souvent sous forme de standards privés, s’avèrent souvent plus complexes et plus strictes que la règlementation. Tout en restant volontaires – parce qu’elles ne sont pas requises par la législation – ces standards deviennent indispensables pour pouvoir vendre sur le marché européen et donc, de fait, obligatoires. Par conséquent, l’absence d’une certification à un standard privé peut, dans certains cas, exclure des producteurs de certains secteurs clés du marché européen.
Une certification nécessite des moyens humains, techniques et financiers non négligeables. Dans le cas de standards privés en matière de qualité sanitaire des aliments, cette certification n’est pas financée par le marché étant donné qu’aucune communication via un étiquetage spécifique sur le produit n’est adressée au consommateur. En outre, la démultiplication de ces standards sur le marché européen a pour conséquence pour un exportateur opérant sur différents marchés avec plusieurs clients de devoir combiner plusieurs certifications. Les producteurs se retrouvent ainsi confrontés à une pléthore de standards qui impliquent chacun des frais récurrents de mise en conformité et de certification.
Face à ces difficultés, les petits producteurs ont été plus exposés et leur mise en conformité requière quasi systématiquement un appui de la part de l’exportateur et/ou de bailleurs de fonds. Cependant, les actions de formation pour les petits producteurs et la nécessité pour les exportateurs de disposer d’un système de traçabilité ont contribué à renforcer leur relation ce qui, à terme, peut être considéré comme un des avantages amenés par les nouvelles exigences du marché européen.
Pour la filière horticole des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, les standards privés présentent également d’autres avantages. Ils ont traduit des obligations règlementaires dans un document qui permet leur application pratique pour des exploitations agricoles. Dans le cas de GLOBALG.A.P., la conformité au référentiel peut augmenter la productivité et la compétitivité en réduisant les coûts des intrants (pesticides, fertilisants), en aidant les exploitants agricoles à adopter les Bonnes Pratiques Agricoles (BPA) et à employer des méthodes de gestion modernes. Cette certification s’accompagne aussi d’avantages sociaux pour les travailleurs en matière d’hygiène et de santé. Finalement, une partie conséquente du référentiel est consacré au respect de l’environnement ce qui, à terme, ne peut que renforcer la durabilité des entreprises de la filière horticole.
Outre la qualité sanitaire des aliments, une série de standards privés et d’initiatives couvrant des thématiques sociales et/ou environnementales ont vu le jour en réponse aux exigences accrues des consommateurs européens en matière de durabilité. Aujourd’hui, un producteur/exportateur ACP de fruits et légumes est par conséquent confronté à une multitude de termes et de concepts qui entourent et/ou définissent ces initiatives : commerce équitable, production éthique, responsabilité sociale, développement durable, empreinte carbone, analyse du cycle de vie,…
A la différence de la qualité sanitaire des aliments, les autorités européennes n'ont généralement pas établi de réglementation sur ces thématiques et laissent donc le soin au secteur privé et à la société civile d'organiser les règles en la matière. La grande distribution a ainsi adopté une série d’initiatives sous forme de standards privés, de « codes de conduite » et de « plateformes multipartites », regroupées sous leurs politiques de responsabilité sociétales, dans le but de répondre aux préoccupations du consommateur européen en matière de développement durable.
Développement durable
Une définition communément admise du développement durable consiste à le décrire comme étant « un développement qui réponde aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » Une autre manière de décrire le développement durable consiste à la présenter comme étant un développement résultant de l’équilibre des interactions entre trois piliers : l’environnement, l’économie et le social (philosophie des « 3 P » : People, Planet, Profit).
Le concept de « développement durable » se traduit pour une entreprise au niveau de sa politique en matière de responsabilité sociétale. La responsabilité sociale concerne tous types d’organisations, pas seulement les entreprises, et a comme objectif final de contribuer au « Développement Durable ». Ceci explique la volonté de diverses parties prenantes ayant participé à la rédaction de la nouvelle norme ISO 26000 sur la responsabilité sociale de parler aujourd’hui de « responsabilité sociétale » et plus seulement de « responsabilité sociale des entreprises (RSE) ».
La nouvelle Norme ISO 26000:2010 « Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale » définit la responsabilité sociétale des organisations comme étant la responsabilité d’une organisation pour l’impact de ses décisions et activités sur la société et l’environnement, à travers un comportement transparent et éthique qui :
- contribue au développement durable, santé et bien-être de la société inclus
- prend en considération les attentes des parties prenantes
- est conforme aux lois en vigueur et aux normes internationales de comportement ; et
- qui est intégré à travers l’organisation et exercé dans ses relations.
Les standards privés qualifiés de durables, c'est-à-dire qui couvrent les thématiques sociales, économiques et/ou environnementales, constituent une possibilité pour une entreprise de démontrer son engagement et d’implémenter concrètement certains aspects de la norme ISO 26000 en son sein. En pratique, sous la pression de la société européenne, la plupart des marques de la grande distribution ont une politique de responsabilité sociétale qui se traduit entre autres via l’adoption d’une série d’initiatives et de standards qui se répercutent sur l’ensemble de leurs fournisseurs, notamment ceux situés dans les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
Production et commerce éthique
La production éthique (ou commerce éthique) couvre les conditions de production ainsi que les modes de fonctionnement des entreprises. Dans une relation distributeur/producteur, elle vise davantage à garantir et à démontrer aux clients que les produits proposés à la vente ont été réalisés dans des conditions de production qui respectent les normes internationales du travail énoncées par l’Organisation Internationale du Travail, la déclaration universelle des droits de l’homme et la convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant.
La production éthique peut également inclure des exigences sur les conditions environnementales de la production même si la plupart des initiatives dites « éthiques » se concentrent davantage sur les conditions de travail. La production éthique ne concerne donc pas directement la production mais le mode opératoire et la valeur morale applicable dans les entreprises comme par exemple : les droits des salariés, le travail des enfants, la juste rémunération. De ce fait, la certification éthique porte sur le processus de production et non sur le produit d’où le terme de « production éthique ».
Standards et initiatives dans le domaine :
- Social Accountability 8000 (SA 8000) ;
- EthicalTrading Initiative (ETI) ;
- Business Social Compliance Initiative (BSCI);
- SEDEX (Supplier Ethical Data Exchange);
- Global Social Compliance Programme (GSCP).
Ces initiatives éthiques (dont la liste n’est pas exhaustive) couvrent souvent les mêmes points de contrôles et ont toutes comme finalité d’améliorer les conditions de travail à travers les diverses chaînes d’approvisionnement des entreprises. Néanmoins, leurs spécifications individuelles font que les approches divergent sur certains points, ce qui peut mener à une duplication des efforts.
Afin d’entamer une démarche d’harmonisation entre ces initiatives, une série d’entreprises ont créé le « Global Social Compliance Programme » (GSCP). Le GSCP est géré par le « Consumer Goods Forum », une association indépendante regroupant distributeurs et producteurs de produits de consommation. Le GSCP encourage et supporte les systèmes existants en aidant les entreprises à identifier et à partager les meilleures pratiques en matière de respect des conditions travail et de bonnes pratiques environnementales. Il doit être vu comme une initiative qui « chapeaute » les autres sans les remplacer.
Commerce équitable
Le commerce équitable est un partenariat commercial, fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce international. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète. Les organisations du commerce équitable (soutenues par les consommateurs) s’engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel.
L’initiative du commerce équitable a vu le jour aux États-Unis et en Europe, respectivement dans les années 1940 et 1950 par l’intermédiaire d’organisations religieuses (Église protestante) et non gouvernementales (ONG). Politiquement, le concept du commerce équitable a été introduit à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) en 1968. Le slogan « Trade not Aid » a été lancé pour dénoncer les inégalités des relations économiques entre le Nord et le Sud. Le commerce équitable des produits agricoles a commencé avec le thé et le café dans les années 70, suivis par les fruits secs, le cacao, le sucre, les jus de fruits, les bananes, le riz, les épices et les noix.
Avec la baisse des prix des matières premières sur les marchés internationaux, l’objectif était d’assurer un revenu décent aux petits producteurs dans les pays en développement grâce au paiement d’un prix équitable.Il existe aujourd’hui plusieurs organismes qui proposent des certifications équitables : Fairtrade Labelling Organisation (FLO), Equitable Solidaire Responsable (ESR) d’Ecocert, Fair for Life de l’Institut fürMarktökologie (IMO),…
L’enjeu pour les producteurs de fruits et légumes des pays du Sud est de se donner les moyens d’également pénétrer ce marché de niche en Europe tout en s’assurant au préalable des bien-fondés commerciaux et financiers de l’adoption d’une telle démarche.
Pratiques respectueuses de l’environnement et CO2
Outre les aspects sociaux, économiques (commerce équitable) et de qualité sanitaire des aliments, certains standards privés et initiatives se concentrent davantage sur les aspects environnementaux. Une utilisation plus efficiente des matières premières, une meilleure gestion des déchets, une préservation des ressources hydriques, la conservation des sols, la préservation des écosystèmes et des forêts sur terre, la limitation des gaz à effets de serre sont autant d’enjeux auxquels les entreprises doivent progressivement répondre de manière proactive en ce début de 21ième siècle.
L’agriculture biologique se fonde sur un certain nombre de principes et de pratiques pour réduire au minimum l’impact de l’agriculture sur l’environnement, en travaillant la terre de manière aussi naturelle que possible. En Europe, on trouve de nombreuses normes biologiques privées au sein des États membres. La plupart de ces normes disposent de leur propre logo biologique. Cependant, ils doivent tous appliquer au minimum la législation biologique harmonisée de l’UE. Citons à titre d’exemple la Soil Association au Royaume-Uni et la marque AB en France. Elles sont toutes les deux assorties d’un label pour le consommateur.
Les standards biologiques est-africains (East AfricanOrganicProducts Standard) ont été rédigés afin de disposer d’une seule norme biologique en Afrique de l’est adaptée aux conditions locales. La norme est basée sur des standards biologiques déjà mis en place dans la région mais également sur les standards de l’IFOAM et les recommandations du Codex Alimentarius. Ce standard peut évidemment servir de plateforme commune afin de lancer un seul label biologique sur le marché. Finalement, il peut également être utilisé comme base pour établir des équivalences avec d’autres référentiels biologiques dans le monde.
Hormis l’agriculture biologique, il existe une série d’autres standards assortis d’un label pour le consommateur européen qui permettent d’attester d’une démarche respectueuse de l’environnement. A titre d’exemple, le référentiel LEAF Marque vise à garantir aux consommateurs que le produit a fait l’objet d’une démarche éco-responsable tandis que la « Rainforest Alliance » a pour but de préserver la biodiversité sur terre et d’assurer des conditions de vie décentes pour les producteurs et les communautés avoisinantes en modifiant les pratiques agricoles, commerciales et en agissant sur les comportements du consommateur.
Une série de standards et d’initiatives ont également récemment vu le jour en matière de mesure d’empreinte carbone de produits. Il est trop tôt pour parler d’une réelle harmonisation entre toutes ces initiatives même si la publication de la future norme ISO 14067 et du GreenhouseGas Protocol Scope 3&4 du World Resource Institute vont dans le bon sens. Au Royaume – Uni, le PAS 2050 du British Standards Institute est le premier standard à être apparu pour la mesure de l’empreinte carbone de biens et de services et il est déjà en train de subir une première révision. En France, la loi de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle Environnement (dite « loi Grenelle 1 » ; loi n°2009-967 du 3 août 2009) institue ainsi le droit du consommateur à « pouvoir disposer d'une information environnementale sincère, objective et complète » et à « se voir proposer des produits respectueux de l'environnement à des prix attractifs » (article 54).
Finalement, en matière de gestion environnementale, la famille des normes ISO 14000 qui traite du « Management environnemental » recouvre ce que l'organisme fait pour réduire au minimum les effets dommageables de ses activités sur l'environnement, et améliorer en permanence sa performance environnementale. Cependant, à titre d’exemple, l’ISO 14001, spécifiant un ensemble d’exigences génériques pour un système de management environnemental, ne concerne pas seulement les aspects environnementaux des processus de l’organisation mais s’intéresse également à ceux des produits et services. L’analyse du cycle de vie (ACV) est un outil pour identifier et évaluer l’ensemble des aspects environnementaux des produits et services « du berceau à la tombe » (des ressources d’entrée à la mise au rebut du produit et aux déchets occasionnés).
La durabilité : enjeux pour la filière horticole des pays ACP
En ce début de 21ième siècle, l’agriculture dans le monde reste l’activité humaine impactant le plus notre environnement. Bien que les émissions de gaz à effet de serre puissent aujourd’hui être considérées comme étant la préoccupation environnementale majeure sur terre, d’autres impacts écologiques, notamment sur les sols et les ressources hydriques, font l’objet d’une attention croissante de la part de la société et doivent être également pris en considération par l’industrie horticole dans les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
De nouveaux types d’initiatives sont en train de voir le jour afin de relever les défis sociaux, économiques et environnementaux de notre planète. La certification à certains standards privés décrits sous la section « responsabilité sociétale » permet à des entreprises, dans certains cas, d’accéder à des marchés plus intéressants (marchés de niches du commerce équitable, du bio,…), d’étendre leur clientèle et donc d’augmenter la demande pour les exportations horticoles ACP. Elle peut également s’accompagner d’avantages sociaux en termes, par exemple, de sécurité des denrées alimentaires, de santé et d’hygiène des travailleurs et d’une meilleure rémunération pour leur travail.
La durabilité n’est plus seulement un concept réservé aux sociétés occidentales. Les entreprises des pays du Sud doivent également se l’approprier en s’assurant de limiter les effets contre-productifs et de maximiser les effets positifs pour leurs communautés. Le défi à l’heure actuelle pour ces entreprises qui exportent des fruits et légumes sur le continent européen est de transformer ces nouvelles demandes en opportunités pour se développer et améliorer leur compétitivité. L’objectif du PIP est de leur permettre d’identifier ces opportunités, d’effectuer des choix informés et, une fois effectués, de les accompagner dans leur démarche.
Le PIP plaide pour passer du concept de « bonnes pratiques agricoles » à celui de « pratiques agricoles durables » afin que le secteur horticole continue d’être un moteur de développement économique à long terme pour les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
